N* q,i Sonnabenv den iz. Mâr- î8ï3 THEATRE ROYAL. SPECTACLE du 9 Mars i 8 l 3 - Le Mirantropt, comedie de Molière. Le Misantrope passe avec raison pour le chef-d'oeuvre de Molière et pour celui de la comédie. Mais ses beautés sont d’un ordre si élevé , que môme dans les grandes vil ­ les, elles n’attirent qu’un petit nombre de connaisseurs capables de les goûter. Le vulgaire des spectateurs n’y trouve rien de surprenant et conçoit difficilement les motits de la préférence dont elle jouit parmi les gens de lettres. Elle a été donnée ici pour la rentrée de Mlle. Delêtre, et cette actrice qui se distingue si éminemment par un ton de décence et de noblesse, n’a pu môme lui concilier l’at ­ tention du public; car après les premiers applaudissemens qui ont signalé son apparition, les entretiens particuliers ont repris leur cours et les acteurs en scène ont contint:,* leur conversation sans qu’on parût y prendre le mou: 4 ' :. intérêt. Il faut convenir aussi que la plupart des rôles étaient distribués de rqanière à nuire au succès de la repré ­ sentation. Les acteurs d’opéras comiques font rarement bonne figure dins la haute comédie, et ceux qui se sont exclusivement voués à cette dernière feraient bien de se persuader qu’ils perdent ou gagnent infiniment selon qu’ils sont bien ou mal entourés. Les personnages en scène influent les uns sur les antres plus qu’on ne pense,, et l’éclat de La plus séduisante Celmnène s’obscurcit devant certains vrontes. On juge les femmes au théâtre comme dans la société, d’après les qualités de leurs amants. J ajouterai pour rendre mon idée toute entière . - au risque de m’expo ­ ser à l’animadversion bouffonne de Bem. .» que ce ne Sont pas les complaisances qui perdent un acteur, mais bien la prétention de briller dans tous les genres, unie à l'impuis ­ sance de se faire remarquer dans aucun. -Cependant, mal ­ gré la bigarrure de .leur société, Mlle. Delètre et Collignon ont conservé la dignité de leur, rang aux yeux des specta ­ teur attentifs. Grâce dans le maintien, le geste et la dé ­ marche, expression de physionomie, diction pûre, rien n’a manqué à celle là, qu’un peu plus d'enjouement dans la »cène des portraits. Celui ci aurait été plus parfait, s’il avait mis moins de chaleur dans les trois premiers actes, et qu’il en eût réservé pour les deux derniers, dans les ­ quels il a paru faible, par excès de fatigue. - Le Misantrope a été suivi des Deux petits Savoyards, opéra de Dalayrac. Les seuls rôles marquans de cette pièce sont ordinairement joués par des femmes. On s’est conformé à l’usage, et Mad. Théodore ainsi que Mlle. Clara ont fâit le plus grand plaisir et ont été fort applaudies. L’une et l'autre le méritaient. Du 10 mars. Le Galife de Bagdad , op^ra de Boieldieu. Lr Trésor supposé \ opéra de Me'hul. Il suffit que Madame Delys chante dans une seule pîeee; pour que l’on se félicite d'avoir été au spectacle. Aujourd* hui elle a chanté dans les deux pièces, avec une surêté, une facilité admiiables» Mais il y aurait de l’injustice à ne faire mention que d’elle seule; c’est le tort des spectateurs de »'applaudir à la fois qu'un talent, tandis que les autres moins brillans peut-être, ne méritent pas moins d'éloges à proportion. Le critique doit éviter cet écueil, et rendre à chacun ce qui lui est dû. Aussi remarquerons-noue que dans le Duo du Trésor supposé. Madame De lys a été par ­ faitement secondée par Mad. Théodore, qui s'est ensuite dis ­ tinguée elle-mêtnq_par la pureté des sons et la justesse du chant dans la romance du môme opéra. Mlle. Clara s’est montrée digne de «hanter à coté de la prima dona dans le duo du Calife de Bagdad, où les deux vojx sont égale ­ ment partagées et font Les mêmes passages. Mais par une singularité inexplicable ce duo n'a pas été applaudi. Nous invitons ces deux Dames à faire toujours autant d’efforts que dans cette représentation. Mad. Théodore sortent se péglige quelquefois jusqu’à rester au dessous du ton, incon- ■ éàieut terrible, qui résulte du peu d’exercice que l’on donne à la voix et qui en retreint l’étendue en très-peu de tems. Du reste ces deux pièces n’ont pas été soignées du tout. Le Calife a été joué avec la dernière négligence et avec un décousu choquant. C’est une observation que nous aurions souvent dû faire, car on ravate journellement Jes plus jolies pièces, on par l’inconvenance du costume ou par l’oubli de tous les détails qui contribuent essentiellement à l*illusion. Les acteurs ne montrçnt qu’eux, et jamais le personnage qu'ils représentent. Ce sont toujours les mômes gestes, lu même démarche, les mêmes grimaces. Ils ou ­ blient que l’art qu’ils exercent est l'art de l’imitation et que leur unique objet doit être de le porter au plus haut degré de perfection possible. Ce serait ici le lieu de répondre à la lettre que Bernard nous a adressée dans le dernier Feuilleton. Mais le peu d’espace qui nous reste ne nous permettant pas d’aborder aujourd’hui la grande question qu’il nous invite à résoudre, nous lui observerons provisoirement qu’il 'nous a dispensé* lui même d’entrer dans la discussion d’un point, que tous les Musiciens de ta chapelle et du th/dtre ont décidé contre nous, et dont aucun solfSge ne parle. -Serions - nous assez fous pour prétendre avoir raison contre une autorité aussi imposante? Et à quoi bon éclaircir un point musical, qui n’a jamais fait de difficulté, puisqu'il n’existe pas? Mais!telle est la logique de la mauvaise humeur. Néanmoins au lieu de nous en prévaloir, nous avouons que nous avons pu nous tromper sur une dénomination peut-être arbitraire, sans pour cela nous retracter sur le fond de notre assertion , sur laquelle nous reviendrons. En supposant même que notre erreur fut aussi grave qu’on veut le dire, nous nous en re- jouiriobs de tout notre coeur, si la voix de Bernard y ga ­ gnait quelques tons de plus. C. Kassel, c Feuilleton d e s Westphâl ische» IM »'« »•« »■« ] °«- Supplement Moniteur *.\^gpLr -----