Full text: Zeitungsausschnitte über Allg. Kunstgeschichte

© Hessisches Staatsarchiv Marburg, Best. 340 Grimm Nr. Z 47 
ET DE LA CURIOSITE 
293 
deiny, qui a été analysé et apprécié par 
M. Reiset dans Une Visite à la National 
Galle)'}) en 1876 et par M. A. Gruyer dans le 
Salon carré au Musée du Louvre, nous dé 
couvrons dès l’abord qu’il s’écarte trop de la 
description de Vasari pour qu'on puisse 
l’identifier avec le carton que le biographe 
signale comme ayant excité une si vive admi 
ration parmi les Florentins. 
Il n’est très certainement que la première 
pensée de la composition ; qui sait même si 
Léonard ne l’avait pas exécuté antérieure 
ment en vue d’une autre destination. De là 
vient qu'un seul artiste, Be mardi no Lui ni, a 
eu l’idée de le copier dans une peinture au 
jourd’hui conservée à l’Ambrosienne de Milan, 
tandis que le carton définitif a donné nais 
sance à une vingtaine de copies ou imitations, 
dont on trouvera le catalogue dans le mé 
moire de M. Marks. On remarquera que, 
parmi ces copistes ou imitateurs, la plupart se 
sont attachés au motif, si gracieux, de l’Enfant 
Jésus embrassant l’agneau, motif qui manque 
dans le carton de la Royal Academy. 
La peinture du Louvre diffère également, il 
est vrai, sur quelques points, de la description 
de Vasari, description très certainement faite 
d'après des ouï-dire, car Vasari n'ayant visité 
Florence pour la première fois qu'en 1528, n’a 
pu étudier de visu le carton, qui, comme on 
le verra dans un instant, avait depuis long 
temps quitté l’Italie. Je me bornerai à relever 
une de ces inexactitudes : le biographe men 
tionne, parmi les acteurs de cette idylle, le 
petit Saint-Jean; or, celui-ci ne se trouve pas 
dans la composition du Louvre. Il nous mon 
tre, d’autre part, l’Enfant Jésus assis sur les 
genoux de sa mère, tandis qu'il est, au con 
traire, assis sur le sol, en train d’enfourcher 
l'agneau. 
Heureusement, un précieux document, dé 
couvert par Armand Baschet dans les archives 
de Mantoue et publié par M. Charles Vri a rtc 
dans la Gazette des Beaux-Arts (1888, t. I er , 
p. 123). vient faire à cet égard une pleine lu 
mière. S’adressant à la marquise Isabelle, 
sous la date du 3 avril 1501, son correspon 
dant Fra Pietro de Nuvolaria lui écrit la lettre 
suivante, dont j’emprunte le texte à l’élégante 
et fidèle traduction de M. Yriarte : 
« Je m’occuperai avec soin et célérité de la 
commission, mais, d’après tout ce qui me revient, 
la vie de Léonard est pleine de variété et soumise 
à de grandes fluctuations: il semble qu’il vive au 
jour le jour. Depuis qu’il est à Florence il n’a 
l'ait qu’un seul carton (cartone), il a imaginé un 
Glirist enfant âgé d’une année à peine, qui 
s’échappe des bras de sa mère pour saisir un 
agneau et l’étreindre. Celle-ci, se levant presque 
du giron do sainte Anne, s’efforce de séparer le 
bambin de l’agneau, animal qui ne doit pas être 
immolé et qui ligure la Passion du Christ. Sainte 
Anne semble prête à faire un mouvement pour 
retenir sa tille. Peut-être est-ce une allusion à 
l’Eglise, qui ne voudrait pas empêcher la Passion 
du Seigneur. Ces figures sont de grandeur natu 
relle, et cependant elles tiennent dans une petite 
composition, parce que toutes étant assises ou 
courbées, elles se recouvrent mutuellement dans 
la partie gauche de la composition.Cette esquisse 
n’est point encore terminée. » 
Cette lettre met hors de doute l’identité de 
la composition adoptée dans la peinture du 
Louvre avec la composition à laquelle Léo 
nard s’était arrêté en 1501. Que dit, en effet, 
le correspondant de la marquise ? Que Léo 
nard a représenté le Christ enfant, s’échap 
pant des bras de sa mère pour saisir un 
agneau , que la Vierge se lève presque du giron 
de sa mère pour séparer l’enfant de l’agneau 
et que sainte Anne semble vouloir retenir sa 
fille. Ces traits s'appliquent de tout point à 
l’ébauche du Louvre, sauf que dans celui-ci 
sainte Anne regarde tranquillement les jeux 
de son petit-fils, un poing appuyé sur la han 
che, au lieu de chercher à s’opposer à l’inter 
vention de sa fille. Aucun de ces traits, par 
contre, ne s’applique au carton de la Royal 
Academy : en effet, l’agneau y faisant défaut, 
(il est remplacé par le petit saint Jean-Bap 
tiste), la scène a un aspect et une significa 
tion bien distincts de ceux que signale le 
frère Pietro de Nuvolaria. Celui-ci nous fait, 
en outre, connaître la date à laquelle la com 
position était définitivement arrêtée dans l’es 
prit de Léonard : avril 1591. 
En 1503, les Servîtes, désespérant d’obtenir 
de Léonard qu’il achevât l'ouvrage, signèrent 
un nouveau contrat avec Fil ip pi no Lippi, qui 
s’engagea à livrer la peinture pour la Pentecôte 
de l’année suivante. Mais la mort l’empêcha 
de tenir sa promesse (avril 1504) et le Pérugin 
termina le retable, la fameuse Crucifixion, 
que l’on voit aujourd'hui à l’Académie des 
Beaux-Arts de Florence. 
Lorsque Léonard retourna à Milan, il em 
porta tout naturellement avec lui son carton, 
peut-être même ses deux cartons; ainsi s’ex 
plique comment les artistes de la Haute-Italie 
ont reproduit à l’envie cette composition si 
suave et si merveilleusement rythmée. 
Puis le carton suivit son auteur en France. 
Le témoignage de Vasari est formel à cet 
égard, et il est corroboré par Paul Jove et par 
le biographe anonyme édité par M. Milanesi. 
Paul Jove nous dit, en effet, en propres termes, 
dans sa biographie de Léonard, écrite vers 
1529, qu'il existait un tableau représentant le 
Christ enfant, qui joue avec la Vierge sa mère 
et sainte Anne, et que ce tableau fût acheté 
par le roi de France et placé dans son trésor: 
« Extat et infans Christus in tabula cum ma 
ire Virgine Annaquo una eolludens, quant 
Francisons Rex Galbas coeinptam in sacrario 
col 1 oc a vil. » 
Mais nous possédons un document plus dé 
cisif encore : Le 10 octobre 1516, le cardinal 
d'Aragon, rendant visite à Léonard dans le 
manoir de doux, à Ainboise, admira dans 
son atelier un « quadro de la Madonna et dei 
figliolo cite stan posti in gremmo (grembo) di 
Lancia Anna (1) «, c’est-à-dire, sans contesta 
tion possible, la peinture du Louvre. 
François I°> ne lit donc l’acquisition do la 
Sainte Anne que postérieurement au mois 
d’octobre 1516; peut-être l'acheta-t-il directe- 
(1) Uzielli, Ricerche inlorno a Leonardo da Vinci, 
t. Il, p. 160.
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.